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kh
J’ai manqué de dire à mon poème de se faire beau
Tant je le voulais vrai
Et je lui ai mis les belles chemises bariolées d’été
Alors que les vents soufflent le plein hiver et givrent
J’ai mis à mon poème des sandales qu’on trouve au marché de Douala
Et je l’ai envoyé par-dessus les océans – par monts et vallées
J’ai joué du luth pour la lune et susurré des fables à la ténèbre
Pour que l’éclair du jour porte au loin la candeur de mes vers
Je suis de marbre et prostré et j’attends voilà trois printemps
Que boutonne mon hardiesse et que mon poème tu le portes en cœur
Demain je vais écrire un poème
Peut-être même deux ou trois
Qu’importe ! Quelques vers.
Pas bien grave qu’ils riment
Ou aient besoin de cacher leur face candide avec l’aube.
Aujourd’hui je suis sans un vers et demain j’en dessinerai.
Quand je compte bien
Cela fait beaucoup de lunes et même un automne déjà
Que je n’en ai pas eu bravant le seuil de ma rêvasserie…
Quand je me rappelle
Cela fait un automne et beaucoup de lunes
Que je n’ai pas écouté sa voix, épié son sourire, humer son haleine.
Je m’en vais languir dans la dernière heure de mon passé
Certes pas empressé du tout de devoir passer d’ici à demain
Qu’importe, je viendrai à l’orée du soir
Le cœur léger et allègre
Les oreilles pleines de vents disant à mes maux des mots lénifiants
Pas la peine de chercher, demain je serai tout occuper à détonner le gris du ciel.
Et s’il arrive à l’ange d’être après moi pour quelque vœu vain ou infini
Je serai hors-temps, pris dans le halo des métaphores et circonvolutions
Je chauffe dans ma tête dès ce crépuscule la peau tannée du tam-tam
La nuit aura fini à peine de déchiffrer ses vêpres de ténèbres
Que déjà j’aurai calqué un bout de ma chimère dans l’air
Avec l’herbe fraiche et la rosée je ferai un jour semblable à ceux d’antan.
Regarde, je pourrais te conter
La fable de l’océan que les vagues ont désensevelies après couvre-feu
Je sais au dixième près combien de barques ont jeté l’ancre
Combien de semi-messies ont marche sur les eaux pour les rives de ton cœur
Je pourrais réciter par cœur tous les entr'actes de ton cœur
Levez les rideaux – abaissez-les – scène dix-sept
Tout le secret confiné dans tes bouteilles à la mer
Les messages du vent pris dans tes cheveux
Je les sais
Et te dirais presque au plus-que-parfait
Si le sable sur ton avant-bras est fin et d’or
Je saurais te répéter tous les rêves intimes siens
De princesse encagée dans la haute tour du vilain dragon
Je sais comment et pourquoi tu souriras demain et le jour d’après
Je sais me taire – si bien – que tu ne te doutes jamais de rien.
kamlem hulliams